[...] trahi, fait prisonnier, affreusement torturé par un ennemi sans honneur, Jean  Moulin mourrait pour la France, comme tant de bons soldats qui, sous le soleil ou dans l'ombre, sacrifièrent un long soir vide pour mieux " remplir leur matin ".

Charles De Gaulle

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Figure phare de la Résistance lors de la Seconde Guerre mondiale, Jean Moulin est le plus jeune préfet de France en 1937. Il s’opposa à l’occupant allemand dès 1940 et créa, sous l’égide du Général De Gaulle, le Conseil National de la Résistance. Torturé par la Gestapo, il meurt le 8 juillet 1943 dans le train qui le conduit en Allemagne.

 

En 1937, il devient le plus jeune préfet de France et, en juin 1940, il est nommé préfet du département d’Eure-et-Loir.

Le 17 juin, alors que les troupes allemandes sont dans Chartres, il tente de mettre fin à ses jours en se tailladant la gorge, plutôt que de signer un texte dénonçant les exactions imaginaires commises, près de Chartres, par des tirailleurs sénégalais. Il est sauvé de justesse. Ce geste marque son entrée en résistance.

Révoqué en novembre 1940 par le gouvernement de Vichy, Jean Moulin rejoint Paris, puis la zone sud, où, pendant un an, sous le nom de Joseph Mercier, il cherche à entrer en contact avec les premiers résistants. Puis il gagne Londres, où il se met à la disposition du Général De Gaulle, qu’il rencontre le 25 octobre 1941.

Chargé par ce dernier de coordonner l’action des mouvements de Résistance dans la zone sud, il est parachuté près de Salon-de-Provence le 1er janvier 1942. Il réussit à convaincre les chefs des trois grands mouvements de cette zone – soit Henri Frenay, créateur de Combat, Emmanuel d’Astier de La Vigerie, qui a fondé Libération-Sud et Jean-Pierre Lévy (1911-1996) à la tête de Franc-Tireur – de séparer l'action militaire de l'action politique et ainsi fusionner leurs éléments paramilitaires en une Armée secrète placée sous le commandement du général Charles Delestraint ; puis, plus tard, de constituer les mouvements unifiés de la Résistance.

Simultanément, Jean Moulin crée le Comité général d'étude (CGE), chargé de préparer les mesures législatives et administratives à prendre à la libération. Totalement démuni – sans agent de liaison, sans dactylo, sans secrétaire –, chiffrant ou déchiffrant lui-même les télégrammes, préparant ses rendez-vous et s'exposant à des risques considérables, Jean Moulin demande à Daniel Cordier, rencontré le 1er août 1942, d'assurer son secrétariat.

Sans jamais faillir à sa mission, Jean Moulin parvient à organiser, parallèlement à sa vie clandestine, une vie officielle lui servant de couverture, et dans laquelle il conserve sa véritable identité. Officiellement domicilié à Saint-Andiol où il se rend tous les quinze jours, il passe parfois à Montpellier où habitent sa mère et sa sœur et, à partir de l'automne 1942, descend jusqu'à Nice où, le 9 février 1943, est inaugurée en son nom une « galerie d'exposition et de vente de peintures, dessins et sculptures modernes », la galerie Romanin, dont il confie la gestion à Colette Pons. Avec elle, il rencontre Aimé Maeght, Bonnard, Chabaud. Lors de son passage à Paris, en avril 1943, Moulin visite plusieurs galeries et achète quelques toiles.

Délégué général du Comité national en France occupée, Moulin, qui se fait appeler Régis, puis Rex et Max – pour ne retenir que quelques-uns de ses pseudonymes –, dispose de crédits et de moyens de transmission. Il met sur pied une véritable administration clandestine de la Résistance et devient dès lors l’intermédiaire obligé entre la Résistance intérieure et le Général De Gaulle, dont il fait admettre l’autorité. À son domicile parisien de la rue du Four, le 27 mai 1943, il préside le premier Conseil national de la Résistance (CNR), qui doit être à ses yeux le reflet de la plus large union nationale. Non sans mal, il parvient à se faire admettre en tant que chef du CNR qui réunit les chefs de tous les groupes de résistance française.

Quelques jours plus tard, le 9 juin 1943, le général Delestraint, chef de l’Armée secrète, est arrêté par les Allemands. Pour prendre les mesures qui s’imposent, Jean Moulin convoque les chefs de la Résistance en zone sud. Mais, à la suite d’une probable trahison, il est capturé par un commando SS lors d’une réunion à Caluire (21 juin 1943).

Emmené à la Gestapo de Lyon avec d’autres résistants, il est rapidement identifié comme étant Max, le chef de la Résistance française.

« Je ne savais pas que c’était si simple de faire son devoir quand on est en danger » avait dit Jean Moulin. Face à ses tortionnaires, il fait preuve d’un courage exemplaire. Transporté à Neuilly, il meurt des suites de ses sévices au cours de sa déportation en Allemagne.

Il est alors remplacé par le démocrate-chrétien Georges Bidault à la tête du CNR. Les gaullistes feront bientôt de Jean Moulin un de leurs héros. Et, en transférant ses cendres au Panthéon, le 19 décembre 1964, la République lui accordera un statut hors du commun dans la mémoire nationale.« Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d’exaltation dans le soleil d’Afrique et les combats d’Alsace, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège » déclare alors André Malraux lors de son hommage solennel.